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Les jeunes et le téléphone portable

lundi, avril 15th, 2013 par blackju

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Parmi toutes les pratiques numériques adolescentes, l’une d’entre elles se démarque nettement : l’utilisation du téléphone portable.

En effet, une récente étude (SIMM-TGI Youth, janvier 2013) révèle que 84% des Français de 11 à 24 ans possèdent un téléphone portable. Cet objet est passé dans la catégories des objets indispensables. Dans la plupart des cas, ce sont même les parents qui ont souhaité que leur enfant en ait un. On peut facilement comprendre pourquoi le téléphone portable a pris une telle ampleur, aujourdh’ui ces objets sont très puissants et permettent à ces adolescents d’accéder à toutes leurs activités numériques, notamment aller sur le web. Une étude menée par le Pew Research Center a constaté que bon nombre d’adolescents utilisent leur téléphone comme principal moyen d’accéder à Internet. Selon leurs chiffres, 25% des adolescents sont considérés comme étant des utilisateurs mobiles d’Internet. Ce chiffre est à comparer aux 15% d’adultes qui disent accéder à Internet la plupart du temps depuis leur appareil mobile. La recherche a également permis de constater une augmentation de l’utilisation des smartphones parmi les adolescents: en 2011,  23% des adolescents possédaient un smartphone, en 2012,  ce nombre est passé à 37%.

Cependant, cette sur-utilisation peut avoir des conséquences négatives. Selon la même étude de SIMM-TGI Youth, en  janvier 2013, un 11 à 24 sur cinq aurait un comportement de quasi-dépendance vis-à-vis du téléphone. Ils envoient énormément de SMS (42% envoient plus de 100 textos par semaine), ils sont très fréquemment connectés à internet (77% quotidiennement). 89% d’entre eux se disent être constamment en train de regarder s’ils ont un message. 74% pensent ne pas pouvoir vivre sans Internet sur leur téléphone. Les pratiques les plus courantes sur le téléphone portable restent en tête de leurs activités (téléphoner, envoyer des messages, des photos, écouter de la musique), mais ils sont surtout en avance sur les usages de pointe : téléphoner en VOIP (7,5% contre 2,7% pour l’ensemble des 11-24 ans), appeler en visiophonie (7,4% contre 2,6%) ou encore regarder la télévision (24% contre 9%). Du fait de ces pratiques intensives, ils sont toujours à la recherche de l’appareil le plus performant : 23% déclarent changer leur téléphone tous les ans (contre 11% de l’ensemble des 11-24 ans).

Il y a même eu récemment des troubles du sommeil bien particulier constatés, liés à cette dépendance mais aussi en relation avec le stress. Certains adolescents sont confrontés au « sleep texting »,  c’est-à-dire l’envoi de SMS sans que le sujet en ait conscience. D’après les spécialistes, il suffit que le téléphone sonne pour que ceux-ci répondent mécaniquement.  Soit les messages envoyés sont parfaitement cohérents, soit au contraire, ils sont totalement incompréhensibles.  Dans tous les cas, au réveil, ils ne se souviennent de rien. Les causes sont donc le surmenage, le stress et l’utilisation abusive de l’appareil mobile, notamment à cause du manque de sommeil engendré.

 D’après une étude de l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF) diffusée en 2012, 27% des parents d’enfants de 15 ans trouvent que leur utilisation du téléphone mobile est trop importante et s’en inquiètent réellement. Pour éviter ce genre de dérives, l’Unaf préconise de définir dès le départ un cadre général. Il faut bien aborder des règles d’usage règles d’usage (respect de soi, respect des autres), les règles de sécurité, les temps d’utilisation (respect du temps des devoirs, des repas en famille, du sommeil), tout comme les différentes fonctionnalités.  Les parents doivent veiller à ce que leur enfant s’accorde des moments sans téléphone :  interdire de  répondre pendant des moments tels que les repas en famille ou le temps consacré au travail scolaire. Certains parents contrôlent également la facture : la majorité d’entre des parents utilisent la facture détaillée pour contrôler aussi bien les coûts (69%) que les contenus (51%). Mais dans ce cas, il faut veiller à ne pas trop en abusée si non, les parents risquent de perdre la confiance que leurs enfants avaient en eux, du fait d’une trop grande intrusion dans leur intimité. La dernière solution étant de se demander à partir de quel âge un adolescent est t-il capable de comprendre tous les enjeux d’une utilisation à outrance et donc d’être à même d’avoir un comportement adapté?

Les adolescents

lundi, mars 18th, 2013 par Dmk

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Si nous devons parler des adolescents et de leurs pratiques du numérique il est nécessaire de définir qu’est ce qu’un adolescent ?

  1. La constitution d’une classe d’âge à part entière

Dès le début du 20ème siècle, les sciences sociales on initié de nouvelle manières de penser la jeunesse avec l’intention de construire des connaissances scientifiques

Cette préoccupation correspond à l’apparition d’une nouvelle phase de la vie : l’adolescence.

Jusque là, la jeunesse était définie négativement : l’âge où, n’étant plus enfant, on n’est cependant pas encore établi. L’adolescence était donc définie, non pas comme une classe d’âge à part entière mais comme une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte.

Ce qui permet l’émergence de cette nouvelle classe d’âge c’est le développement de l’école secondaire. L’adolescent est alors pourvu d’un véritable statut, il est lycéen ou apprenti, il se prépare par une formation à accéder aux responsabilités de l’âge adulte.

Au début du 20ème siècle, les travaux de Pierre Mendousse constituent un tournant dans la façon d’aborder et de se représenter la jeunesse. Pour la première fois il ne s’agit plus d’énoncer ce que devrait être la jeunesse mais d’essayer de comprendre ce qu’elle est vraiment. Ainsi on passe d’une approche morale à une approche scientifique.

La scolarisation des jeunes a donné une impulsion déterminante dans la constitution de la jeunesse en tant que groupe social à part entière.

C’est en effet le regroupement systématique et prolongé de la jeunesse dans un cadre scolaire qui a généré des goûts, des comportements, des pratiques culturelles propres à ce milieu. C’est d’ailleurs dans les années 60, au moment où de plus en plus de jeunes accèdent au lycées et aux études supérieures que cette culture juvénile a explosé.

Cette évolution s’est traduite par l’accès à une autonomie plus précoce chez les jeunes. C’est à dire qu’ils gèrent de façon bien plus autonome leur temps libre et leurs relations amicales.

Dès 12-13 ans, certains d’entre eux disposent d’une grande liberté de mouvement. C’est souvent l’entrée au collège qui permet l’entrée dans cette autonomie précoce : par rapport à l’école primaire, l’emploi du temps est beaucoup plus relâché, les parents sont au travail et donc l’adolescent est livré à lui même à bien des moments de la journée.

Cette nouvelle autonomie se traduit par la constitution de relations amicales plus dense, par la constitution de son cercle d’amis. Et c’est autour de ce réseau relationnel que se constitue les activités, les pratiques culturelles des jeunes.

Il faut noter que la diffusion de nouveaux moyens de communication ( téléphone portable, internet) amplifie ces réseaux relationnels autonomes des jeunes. Cela leur permet de rester en contact avec leurs amis à tout moment et sans que s’exerce le contrôle des parents.

  1. Les pratiques culturelles de la jeunesse

Pour Pierre Bourdieu, il n’y a pas de pratiques culturelles propres à la jeunesse prise dans son ensemble. Selon lui, l’accès à la culture et sa diffusion obéissent à un principe hiérarchique : il y a les classes supérieures qui sont les dépositaires de la culture légitime, les classes moyennes font preuve de « bonnes volontés » culturelles tandis que les classes populaires en sont totalement exclus. Avec un tel schéma, les jeunes sont avant tout marqués par leur milieu social d’origine. Il n’y a donc pas de goûts et pratiques communes qui rassemblent toute la jeunesse.

Cependant, d’autres travaux ont remis en cause ce schéma qui repose sur l’origine sociale. Des travaux ont montré que les jeunes avaient des pratiques qui transcendaient leurs origines sociales, comme l’utilisation de la vidéo, de la musique; les goûts en matière de programmes télévisuels; ainsi que dans la pratique d’activités littéraires et artistiques.

Pour le sociologue Frédérique Patureau, les jeunes ont cette capacité à s’émanciper de leurs origines sociales pour se constituer une culture à eux, qui tend à s’homogénéiser. Il observe que les jeunes d’origine aisée sont attirés par des loisirs de type populaire; et inversement, il observe chez les jeunes d’origine populaire une tendance à se tourner vers les pratiques culturelles propres aux classes moyennes.

Par exemple, les sorties nocturnes présentent la caractéristique d’un loisir fortement pratiqué par les cadres, mais cette pratique est largement partagée par les jeunes de toutes origines. De même la fréquentation des matchs sportifs, loisirs typiquement populaire, est pratiquée dans des proportions identiques par les jeunes d’origine ouvrière et des jeunes d’origine cadres supérieurs.

Plusieurs travaux de sociologue (Pasquier, Galland) tendent à démontrer que la formation d’une culture propre à la jeunesse s’est réalisée notamment par l’affaiblissement de la transmission culturelle entre générations. C’est principalement par rapport à la culture « légitime », « classique » (sorties au théâtre, à l’opéra, au musée, aux concerts classiques, aux expositions), que la jeunesse prend ses distances avec les générations précédentes