Archives de la catégorie ‘adolescent

Les pratiques du numériques

mardi, mars 19th, 2013 par Dmk

301-1264109404-numerique---465fx349f

« Etat des lieux des pratiques numériques » « Delphine Grellier, docteur en Sociologie de l’Université Montpellier III & Olivier Mauco, ATER en science politique, Paris I Panthéon Sorbonne.

Pour continuer après vous avoir présenter une définition des jeunes, il est logique de vous présenter ensuite les différentes formes de pratiques numériques, plus précisément ceux des adolescents

Dans l’enquête de Sylvie Octobre, « L’enfance des loisirs », étude longitudinale qui a suivi les mêmes enfants (près de 4 000) depuis l’âge de 11 ans (en 2002) jusqu’à 17 ans (en 2008), permet de faire le point sur la diversité des usages numériques chez les adolescents. Regarder la télévision, écouter la radio et de la musique, lire des livres et des magazines, jouer à des jeux vidéo, utiliser l’ordinateur et naviguer sur l’internet : à quel point ces différentes pratiques s’inscrivent-elles dans le quotidien?

Déjà depuis quelques années, les écrans télévisés ont accaparé la vie des adolescents. En effet, à 11 ans, 81% regarde la télévision tous les jours ( à 17 ans, 66% ) ; avec dès l’entrée au collège les séries qui prennent la place des dessins animés. Alors que la lecture de livres, bandes-dessinées, journaux, magazines diminuent fortement (à 11 ans, 14,5% ne lisent jamais ou presque jamais un livre, à 17 ans, 46,5%) et particulièrement pour la BD et les livres. Le décrochage de la lecture se fait à partir de 13 ans. Mais l’étude montre que encore plus que les écrans télés, ce sont aujourd’hui ceux des ordinateurs qui occupent le plus les jeunes. L’ordinateur est aujourd’hui une pratique typique du passage à l’adolescence.

En effet, l’ordinateur ,au fur et à mesure de l’âge, devient un objet du quotidien. A 11 ans, 14,5% des adolescents l’utilisent tous les jours ; ce chiffre est pratiquement multiplié par 5 à l’âge de 17 ans ( 69 %). De plus, on peut noter qu’il devient un objet personnel ( en 4ème/3ème, 1 adolescent sur 5 possède son propre ordinateur et au lycée, 1 sur 3) auquel les adolescents sont attachés ( à 13 ans, 43% déclarent y être très attaché ; à 17 ans, 76% ). Alors qu’à 17 ans, et 26,5%  des adolescents se déclarent être très attaché à la télévision; et 41,5 %  aux livres. Son utilisation tend vers une pratique de plus en plus autonome (à 11 ans, 19% des adolescents l’utilisent avec les parents, 29% avec les frères et sœurs ; à 17 ans, 5% l’utilisent avec les parents, 12,5% avec les frères et sœurs).

L’usage de l’ordinateur est très diversifié : écouter de la musique, regarder des vidéos, écrire, dessiner, composer, discuter, effectuer des recherches… Au début du collège, .le jeu est la pratique majoritaire sur l’ordinateur( jeux vidéos : 73%). Mais les adolescents l’utilisent également pour communiquer ( messagerie : 33% ; forums, chats : 20,5% ) et se cultiver ( consultations CD-roms : 29% ; téléchargement musique, films:23%). A la moitié du collège, on note un fort accroissement de l’usage communicationnel (courriel : 57% ;messagerie instantanée : 75%, forums et chats : 22%) et une part majeur de l’usage culturel ( films : 39,5% ; musique : multipliée par 2). On voit apparaître deux nouveaux types d’usages sur l’ordinateur : le développement de la création et le travail scolaire. L’activité artistique émerge, comme par exemple de dessin ou la photographie (33% de l’utilisation de l’ordinateur), alors que dans le même temps, la pratique traditionnelle de ces activités semble baissée. Dans le cadre de l’école, les adolescents effectuaient leurs recherches sur internet ( 56% au collège, 79% au lycée). Les usages de l’ordinateur sont culturels et ludiques. C’est moyen d’accéder au savoir, un instrument scolaire ( au milieu du collège, il y a 25 fois plus d’utilisateurs pour cet usage), mais également un outil qui permet aux adolescents d’accéder à l’ensemble de leur centres d’intérêts et à la sociabilité.

En ce qui concerne les autres pratiques numériques , une des plus importantes est l’écoute de musique : au fur et à mesure de l’âge, la vie se « musicalise » ( 37% des 11 ans écoutent de la musique quotidiennement ; 68,5% des 17 ans, et 73,5% déclarent y être très attaché ). Elle se fait de plus en plus seule ( 11 ans : 78%, 17 ans : 94,5%), de moins en moins avec la famille ( à 11 ans : 1/3 avec les parents, 46,5% avec les frères et sœurs ; à 17 ans : 1sur 10 avec les parents, 17,5% avec les frères et sœurs), mais plus avec les amis ( à 11 ans : 20% , à 17 ans : 40% ) : « C’est un double mouvement d’individualité et de sociabilité. ». A 11 ans, les adolescents se conforment aux goûts de leurs pairs alors qu’à 17 ans,leurs goûts se singularisent. La pratique des jeux vidéos sur consoles est une activité qui appartient principalement aux garçons, à 11 ans, 35% y jouent (8% des filles) et à 17 ans, 29% y jouent ( 3% des filles). Le téléphone portable peut lui aussi servir à de multiples usages numériques. Chez les 17 ans, 76,5% prennent des photos, 65,5% écoutent de la musique, 11% utilisent internet.

Le numérique induit un « nouveau régime de valeur culturelle» marqué par de grands changements. Le temps passé devant la télévision diminue alors que le visionnage du contenu télévisuel augmente sur l’ordinateur (notamment les séries). Au fur et à mesure, les adolescents deviennent de plus en plus multitâches. A 11 ans, 11,5% pratiquent plus de 5 usages différents de l’ordinateur, à 17 ans, ils sont 58,5%. A noté, que les filles et les garçons ne se différencient pas mais les enfants de cadres ont une pratique plus diversifiée que les enfants d’ouvriers. La pratique de l’écriture traditionnelle (journaux intimes) étaient plutôt une activité féminine, mais avec le réseau (blogs) l’écriture s’ouvre aux garçons. Les garçons sont plus nombreux à trouver que les blogs et les réseaux sociaux ont un effet positif sur leurs aptitudes à l’écrit et sur leur goût pour l’expression écrite.

Ces résultats montrent la rapidité de la révolution numérique au sein de la population française et son étendue. Ces résultats ont été confirmés dans d’autres enquêtes telle que  » UE Kids online » qui concernent les adolescents européens

«  À 11 ans, à l’entrée au collège, les activités sont centrées sur la télévision, le sport, l’écoute musicale et la lecture. 30 % des jeunes de 11 ans lisent un livre tous les jours, 16 % des garçons et 13 % des filles utilisent un ordinateur tous les jours.
• À 13 ans, la lecture s’éloigne de la sphère principale des activités, remplacée par l’écoute de la radio, l’ordinateur et les jeux vidéo.
• À 15 ans, l’univers multimédiatique et interactif domine nettement, associant télévision, radio, ordinateur. C’est l’âge aussi où tous les jeunes sont dotés de téléphones portables.
• À 17 ans, la télévision est sortie de la sphère des activités auxquelles on est le plus attaché. Écoute musicale et multi-usage de l’ordinateur sont emblématiques des années lycée. À cet âge, ils ne sont plus que 9 % à lire un livre tous les jours. 71 % des garçons et 66 % des filles utilisent l’ordinateur quotidiennement. »

Les adolescents

lundi, mars 18th, 2013 par Dmk

scott-pilgrim-wide

Si nous devons parler des adolescents et de leurs pratiques du numérique il est nécessaire de définir qu’est ce qu’un adolescent ?

  1. La constitution d’une classe d’âge à part entière

Dès le début du 20ème siècle, les sciences sociales on initié de nouvelle manières de penser la jeunesse avec l’intention de construire des connaissances scientifiques

Cette préoccupation correspond à l’apparition d’une nouvelle phase de la vie : l’adolescence.

Jusque là, la jeunesse était définie négativement : l’âge où, n’étant plus enfant, on n’est cependant pas encore établi. L’adolescence était donc définie, non pas comme une classe d’âge à part entière mais comme une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte.

Ce qui permet l’émergence de cette nouvelle classe d’âge c’est le développement de l’école secondaire. L’adolescent est alors pourvu d’un véritable statut, il est lycéen ou apprenti, il se prépare par une formation à accéder aux responsabilités de l’âge adulte.

Au début du 20ème siècle, les travaux de Pierre Mendousse constituent un tournant dans la façon d’aborder et de se représenter la jeunesse. Pour la première fois il ne s’agit plus d’énoncer ce que devrait être la jeunesse mais d’essayer de comprendre ce qu’elle est vraiment. Ainsi on passe d’une approche morale à une approche scientifique.

La scolarisation des jeunes a donné une impulsion déterminante dans la constitution de la jeunesse en tant que groupe social à part entière.

C’est en effet le regroupement systématique et prolongé de la jeunesse dans un cadre scolaire qui a généré des goûts, des comportements, des pratiques culturelles propres à ce milieu. C’est d’ailleurs dans les années 60, au moment où de plus en plus de jeunes accèdent au lycées et aux études supérieures que cette culture juvénile a explosé.

Cette évolution s’est traduite par l’accès à une autonomie plus précoce chez les jeunes. C’est à dire qu’ils gèrent de façon bien plus autonome leur temps libre et leurs relations amicales.

Dès 12-13 ans, certains d’entre eux disposent d’une grande liberté de mouvement. C’est souvent l’entrée au collège qui permet l’entrée dans cette autonomie précoce : par rapport à l’école primaire, l’emploi du temps est beaucoup plus relâché, les parents sont au travail et donc l’adolescent est livré à lui même à bien des moments de la journée.

Cette nouvelle autonomie se traduit par la constitution de relations amicales plus dense, par la constitution de son cercle d’amis. Et c’est autour de ce réseau relationnel que se constitue les activités, les pratiques culturelles des jeunes.

Il faut noter que la diffusion de nouveaux moyens de communication ( téléphone portable, internet) amplifie ces réseaux relationnels autonomes des jeunes. Cela leur permet de rester en contact avec leurs amis à tout moment et sans que s’exerce le contrôle des parents.

  1. Les pratiques culturelles de la jeunesse

Pour Pierre Bourdieu, il n’y a pas de pratiques culturelles propres à la jeunesse prise dans son ensemble. Selon lui, l’accès à la culture et sa diffusion obéissent à un principe hiérarchique : il y a les classes supérieures qui sont les dépositaires de la culture légitime, les classes moyennes font preuve de « bonnes volontés » culturelles tandis que les classes populaires en sont totalement exclus. Avec un tel schéma, les jeunes sont avant tout marqués par leur milieu social d’origine. Il n’y a donc pas de goûts et pratiques communes qui rassemblent toute la jeunesse.

Cependant, d’autres travaux ont remis en cause ce schéma qui repose sur l’origine sociale. Des travaux ont montré que les jeunes avaient des pratiques qui transcendaient leurs origines sociales, comme l’utilisation de la vidéo, de la musique; les goûts en matière de programmes télévisuels; ainsi que dans la pratique d’activités littéraires et artistiques.

Pour le sociologue Frédérique Patureau, les jeunes ont cette capacité à s’émanciper de leurs origines sociales pour se constituer une culture à eux, qui tend à s’homogénéiser. Il observe que les jeunes d’origine aisée sont attirés par des loisirs de type populaire; et inversement, il observe chez les jeunes d’origine populaire une tendance à se tourner vers les pratiques culturelles propres aux classes moyennes.

Par exemple, les sorties nocturnes présentent la caractéristique d’un loisir fortement pratiqué par les cadres, mais cette pratique est largement partagée par les jeunes de toutes origines. De même la fréquentation des matchs sportifs, loisirs typiquement populaire, est pratiquée dans des proportions identiques par les jeunes d’origine ouvrière et des jeunes d’origine cadres supérieurs.

Plusieurs travaux de sociologue (Pasquier, Galland) tendent à démontrer que la formation d’une culture propre à la jeunesse s’est réalisée notamment par l’affaiblissement de la transmission culturelle entre générations. C’est principalement par rapport à la culture « légitime », « classique » (sorties au théâtre, à l’opéra, au musée, aux concerts classiques, aux expositions), que la jeunesse prend ses distances avec les générations précédentes